Les jardins de la Souloire - Saint-Germain-du-Puch (33750)

Les jardins de la Souloire – Saint-Germain-du-Puch (33750)

À une vingtaine de kilomètres à l’est de Bordeaux, niché dans la campagne de l’Entre-deux-Mers, se cache un jardin qui ressemble à un rêve éveillé. Le Jardin de la Souloire n’est pas juste un parc qu’on traverse en une demi-heure. C’est une œuvre d’art vivante, un monde à part créé par une passionnée de botanique qui y a consacré plus de soixante ans de sa vie.

Je suis tombée dessus presque par hasard il y a trois ans, lors d’une balade dominicale dans le coin. Depuis, j’y retourne régulièrement, à chaque saison, parce qu’on ne fait jamais deux fois la même visite. Au printemps quand les glycines explosent en grappes mauves, en été quand la végétation luxuriante crée des tunnels d’ombre, en automne quand les feuillages prennent des teintes de feu… Ce jardin change constamment de visage, et c’est justement ça qui me fascine.

Les jardins de la Souloire - Saint-Germain-du-Puch (33750)

Un moulin médiéval transformé en paradis botanique

L’histoire commence en 1960 quand Marie-José Degas, jeune femme passionnée de plantes, découvre ce vieux moulin médiéval et ses trois étangs. À l’époque, c’est plutôt sauvage comme endroit. Elle voit immédiatement le potentiel et se lance dans un projet un peu fou : créer un jardin à l’anglaise qui accueillerait des essences venues du monde entier.

Soixante ans plus tard, le résultat dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Huit hectares de pur enchantement. Plus de 2500 espèces d’arbres et arbustes qui cohabitent dans un joyeux désordre organisé. Des plantes d’Asie côtoient des spécimens américains, des essences méditerranéennes dialoguent avec des végétaux de zones tempérées. Ça n’a aucun sens sur le papier, et pourtant ça fonctionne magnifiquement bien.

Aujourd’hui, ce sont Diane et Eugénie, les petites-filles de Marie-José, qui perpétuent cette passion familiale. Elles continuent d’enrichir la collection, d’entretenir cet écosystème complexe, et de partager cette merveille avec les visiteurs. Le jardin appartient aux Vignobles Degas, domaine viticole familial transmis depuis huit générations. Vignes et jardin forment un tout cohérent, deux expressions différentes de l’amour de la terre.

Les jardins de la Souloire - Saint-Germain-du-Puch (33750)

Ce qui rend ce jardin vraiment unique

D’abord, cette sensation bizarre dès qu’on franchit le portail. On est en Gironde, à deux pas de Bordeaux, et pourtant on se croirait parachuté en Louisiane ou dans un jardin anglais du XIXe siècle. L’enchevêtrement des végétaux, les petits ponts romantiques qui enjambent les rus, les reflets dans les étangs… Il y a quelque chose d’irréel, presque onirique.

Les trois pièces d’eau qui rythment la promenade créent des ambiances différentes. Autour du premier étang, c’est plutôt japonisant avec des érables palmés et des bambous. Le deuxième évoque les jardins anglais avec ses saules pleureurs et ses massifs fleuris. Le troisième, plus sauvage, rappelle les bayous du sud des États-Unis. Et partout, des petites constructions qui ponctuent le parcours : un kiosque pour s’abriter, une rotonde cachée dans la verdure, une cabane perchée qui fait rêver les enfants, une vieille serre remplie de plantes rares.

La floraison des glycines, fin avril-début mai, c’est le moment spectaculaire par excellence. Des lianes gigantesques grimpent dans les arbres et retombent en cascades violettes parfumées. Certaines ont plus de cinquante ans et mesurent des dizaines de mètres. Le parfum embaume tout le jardin. Si vous ne deviez choisir qu’une seule période pour visiter, ce serait celle-là.

Mais honnêtement, chaque saison apporte son lot de surprises. En juin, ce sont les hydrangeas et les rhododendrons qui explosent. En septembre, les feuillages des érables du Japon commencent à rougir. Même en hiver, quand la végétation semble endormie, les architectures végétales et les jeux de lumière sur les étangs valent le détour.

S’inspirer de la Souloire pour son propre jardin

Évidemment, on n’a pas tous huit hectares à disposition. Mais il y a plein de choses à piquer dans l’esprit de ce jardin pour l’adapter chez soi, même sur une petite surface.

Le principe des ambiances successives, d’abord. À la Souloire, on passe d’un univers à l’autre au détour d’un chemin. Chez vous, même sur 200 m², vous pouvez créer deux ou trois atmosphères différentes. Un coin japonisant avec des graminées et du gravier, une zone plus romantique avec des rosiers grimpants, un espace potager qui contraste avec le reste. L’idée, c’est de surprendre, de créer des transitions qui donnent l’impression d’un espace plus grand qu’il n’est vraiment.

L’utilisation de l’eau, ensuite. Pas besoin d’un étang. Une simple vasque, un petit bassin avec une pompe qui fait circuler l’eau, même une fontaine murale suffisent à créer cette magie aquatique. Le reflet, le clapotis, la vie qui s’installe autour… L’eau transforme complètement un jardin. J’ai installé un petit bassin préformé de 80 cm chez une cliente l’année dernière. Ça lui a coûté 150€ tout compris, et elle me dit que c’est devenu son coin préféré du jardin.

Le mélange des hauteurs et des textures, aussi. Ce qui fait qu’on ne s’ennuie jamais à la Souloire, c’est cette diversité folle. Des arbres majestueux qui montent à 20 mètres, des arbustes à hauteur d’homme, des vivaces au sol, des couvre-sols… Et tout ça dans un foisonnement naturel. Chez vous, osez superposer les strates. Un arbre ou grand arbuste au fond, des arbustes moyens au milieu, des vivaces devant, des bulbes qui percent entre les deux. Chaque niveau occupe sa place sans étouffer les autres.

Les constructions qui créent des points d’appel visuel. À la Souloire, ces petits kiosques, ponts et cabanes structurent la balade. Dans un jardin privé, ça peut être une pergola, une arche, un banc bien placé, une petite tonnelle. Ces éléments bâtis contrebalancent le foisonnement végétal et donnent des repères au regard.

Et puis il y a cette leçon essentielle que m’a apprise ce jardin : la patience. Marie-José Degas a commencé à planter dans les années 60. Soixante ans plus tard, les arbres qu’elle a mis en terre ont atteint leur maturité. Un jardin extraordinaire ne se fait pas en deux saisons. Il se construit, se bonifie, évolue. Alors ne vous découragez pas si votre petit coin de verdure ne ressemble pas encore à ce que vous imaginez. Plantez, laissez pousser, ajustez au fur et à mesure. Dans dix ans, vous serez surpris du résultat.

Informations pratiques pour visiter

Le jardin de la Souloire se visite, mais pas n’importe comment. C’est une propriété privée que les propriétaires ouvrent avec passion mais aussi avec soin.

L’adresse : 31 route de la Souloire, 33750 Saint-Germain-du-Puch. À 20 km à l’est de Bordeaux, facile d’accès depuis la rocade (sortie n°24). Comptez 25-30 minutes depuis le centre de Bordeaux.

Quand venir : Le jardin ouvre systématiquement le 1er mai, de 9h à 19h. C’est LA journée où tout le monde peut venir librement. Il y a souvent du monde, mais l’espace est assez vaste pour que ça reste agréable. Le reste de l’année, c’est uniquement sur rendez-vous. Vous appelez au 05.57.24.52.32, vous expliquez que vous aimeriez visiter, et on vous cale un créneau. Généralement, les visites se font l’après-midi entre 15h et 18h.

Tarifs : Autour de 8-10€ par personne. Franchement, pour ce que vous allez voir, c’est donné. Vous passerez facilement deux heures à vous balader, à vous perdre dans les allées, à photographier, à rêvasser au bord d’un étang.

Le bon plan : Si vous visitez en groupe (à partir de 10 personnes), vous pouvez demander une visite guidée. C’est vraiment intéressant parce que les propriétaires connaissent l’histoire de chaque arbre remarquable, les anecdotes sur la création du jardin, les petits secrets cachés ici et là. Ça transforme complètement l’expérience.

Ce qu’on peut faire sur place : Le jardin accueille aussi des événements privés. Plusieurs mariages s’y déroulent chaque année. J’ai vu des photos, c’est magique. Imaginez votre cérémonie au bord de l’étang, avec les glycines qui retombent autour du kiosque… Si vous cherchez un lieu exceptionnel pour un événement marquant, c’est une option à considérer sérieusement.

La boutique : Il y a une petite boutique qui vend les vins des Vignobles Degas (puisque c’est la même famille). Vous pourrez repartir avec quelques bouteilles en souvenir. Parfois, il y a aussi des plants de certaines essences du jardin à vendre, mais c’est selon les périodes et la disponibilité.

Combiner la visite avec d’autres découvertes

Si vous faites la route depuis Bordeaux ou ailleurs, autant en profiter pour découvrir la région.

Saint-Germain-du-Puch est un petit village tranquille de l’Entre-deux-Mers. Pas grand-chose à voir dans le bourg lui-même, mais c’est typique de ces villages viticoles girondins. Vous êtes en plein territoire des vins blancs de l’Entre-deux-Mers, donc il y a des domaines à visiter partout autour.

À une dizaine de kilomètres, vous avez Créon, bastide médiévale mignonne avec son marché couvert du XIVe siècle. Le mardi matin, jour de marché, ça vaut vraiment le coup. Producteurs locaux, ambiance authentique, et vous pouvez déjeuner dans un des petits restaurants de la place.

Dans l’autre direction, Sainte-Foy-la-Grande (20 km) est une jolie bastide également, avec des maisons à colombages et une vraie vie commerçante. Le samedi matin, le marché est réputé dans toute la région.

Et si vous êtes amateur de patrimoine, la région regorge de petites églises romanes, de châteaux viticoles, de moulins restaurés. C’est le genre d’endroit où on prend son temps, où on se balade sans but précis, où on s’arrête pour goûter un vin chez un petit producteur croisé au hasard d’une route.

Mon avis après plusieurs visites

Je ne vais pas vous mentir : ce jardin ne laisse personne indifférent. Soit vous tombez amoureux immédiatement, soit vous trouvez ça un peu trop foisonnant, un peu trop sauvage. C’est vraiment une question de sensibilité personnelle.

Personnellement, j’adore cette impression de jungle apprivoisée. Ce n’est pas un jardin à la française avec ses lignes droites et ses perspectives millimétrées. C’est organique, vivant, presque anarchique par endroits. Les plantes se mélangent, débordent des allées, créent des tunnels de verdure imprévisibles. On se perd (au sens propre parfois), on découvre un nouveau recoin à chaque visite.

Ce qui me touche aussi, c’est cette dimension temporelle. Quand vous vous promenez à la Souloire, vous marchez dans l’œuvre d’une vie. Chaque grand arbre a été planté il y a des décennies par Marie-José Degas. Elle a imaginé comment il pousserait, comment il dialoguerait avec ses voisins. Certains ont mis trente ans à atteindre leur pleine expression. C’est vertigineux quand on y pense.

Et puis il y a ce silence. Bon, pas un silence total évidemment, on entend les oiseaux, le clapotis de l’eau, le vent dans les feuillages. Mais une absence de bruit urbain, de pollution sonore. Juste la nature qui vit son rythme. Dans notre monde saturé de stimulations constantes, c’est un luxe rare.

Si vous aimez les jardins, la botanique, ou simplement les beaux endroits qui font du bien à l’âme, mettez la Souloire sur votre liste. Appelez pour prendre rendez-vous un après-midi où vous avez du temps devant vous. Venez avec de bonnes chaussures (les chemins peuvent être humides par endroits), peut-être un carnet si vous aimez dessiner, et surtout sans vous presser. Ce n’est pas un jardin qu’on « fait » en cochant une case. C’est un jardin qu’on ressent, qu’on savoure lentement, qu’on laisse infuser en soi.

Et qui sait, peut-être que comme moi, vous en ressortirez avec des idées plein la tête pour votre propre petit coin de verdure. Parce qu’au fond, c’est aussi ça la magie de la Souloire : elle donne envie de créer, de planter, de transformer son espace en lieu de vie. À son échelle, avec ses moyens, mais avec la même passion.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut